Big bug (film 2022)

Jean-Pierre Jeunet a conservé tout son talent esthétique, mais il n’a plus l’inventivité créatrice qui était la sienne à l’époque de Délicatessen, notamment (des robots et des voitures volantes, ce n’est pas véritablement innovant, par exemple) – on ne saurait le lui reprocher, au vu de son âge. Big bug se regarde tout de même avec plaisir, mais on a le sentiment qu’il manque un peu d’énergie et de souffle. 

L’idée dominante de ce film (que l’on appelle « dystopique ») est que les hommes post-modernes tendront à devenir prisonniers de leurs progrès technologiques, ce qui est illustré de manière métaphorique (les personnages se retrouvant coincés dans un appartement, de manière invivable). Elle aurait gagnée à être davantage développée. Le thème de la destruction du patrimoine livresque est intéressant, par exemple, même s’il n’est pas tellement confirmé que cela dans les faits, et que peu de gens avaient accès aux livres dans l’Antiquité comme au 19ème siècle.

On ne sera pas surpris que le Kama Sutra soit l’ouvrage de prédilection de Jean Pierre Jeunet, mais à ce sujet, le thème de l’obsession sexuelle (assez caractéristique du cinéaste français) apparaît de manière assez conventionnelle et insipide. On saluera néanmoins cette bonne réplique de la personnage adolescente : « quand ta vie sera purement virtuelle, comment tu feras pour embrasser les filles ? »

Mais de façon générale, malgré l’idée selon laquelle l’humour serait la caractéristique du genre humain, le film manque justement d’un humour de qualité pour jouer dans le registre d’une bonne comédie. Il apparaît ainsi plutôt fade et monotone. Même s’il se veut humaniste, il ne transmet pas d’émotion humaine saisissante.

Les acteurs et actrices livrent une prestation satisfaisante (notamment Stéphane de Groodt et Elsa Zylberstein, forts de leur expérience, ainsi que la jeune Claire Chust) même si certains autres en rajoutent un peu trop (Isabelle Nanty – comme à son habitude – et Youssef Hajdi, dans son pseudo accent marseillais d’ailleurs plutôt ancien que futuriste). 

En somme, Big bug nous semble un assez bon film au goût d’inachevé, trop imparfait pour être comparé au Fabuleux destin d’Amélie Poulain, en particulier – mais il ne fallait peut-être plus trop en demander à Jean-Pierre Jeunet, qui avait disparu des radars depuis plusieurs années, avant que netflix n’accepte de produire ce nouvel opus, ce dont on ne va pas se plaindre.

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