The serpent

Note globale : 77/100

Cette série britannique est inspirée par le destin de Charles Sobhraj, homme aussi prodigieux dans son intelligence que terrifiant dans son absence d’humanité et de conscience morale. Français né en Indochine de parents indien et vietnamien, il deviendra l’un des criminels les plus célèbres au monde, à la fois escroc spécialisé dans les pierres précieuses, et tueur en série procédant par empoisonnement. Les deux étant liés – puisqu’il empoisonnait (parfois jusqu’à la mort) ses victimes avant de les détrousser – de manière un peu curieuse, dans le sens où ses victimes de prédilection étaient les jeunes touristes occidentaux (à l’époque de la mode hippie de l’Orient) qui ne sont pourtant pas les plus fortunés. On ne sait pas très bien si c’est pour une raison idéologique (comme le suggère la série) ou pragmatique; il demeure d’ailleurs à nos yeux totalement énigmatique et singulier.

Pour interpréter ce rôle difficile, les producteurs ont fait appel à l’acteur du sud de la France Tahar Rahim, ex-césar du meilleur acteur pour Un prophète. Passionné par cette histoire à l’âge de seize ans, il s’en est acquitté avec une aisance magistrale fortement louable. Il se voit bien secondé par l’actrice britannique Jenna Coleman, même si celle-ci ne correspondrait pas tout à fait (selon le témoignage de Nadine Gires, très bien jouée dans la série par l’actrice française Mathilde Warnier) à la véritable Marie-André Leclerc, qui aurait été plus effacée. Mais elle donne beaucoup d’épaisseur à son personnage également énigmatique, placé sous l’emprise d’un homme qu’elle admire et redoute à la fois, devenant sa complice un peu malgré elle, sans maîtrise de son destin, avec une conscience un peu trouble. Et cette actrice parle très bien français, à défaut de sembler québécoise.

On peut à ce sujet saluer le choix francophile de la BBC (co-productrice avec Netflix) d’avoir restitué dans notre langue de nombreux dialogues où des personnages francophones parlent entre eux (l’anglais étant systématiquement privilégié en présence d’une personne tierce) même s’il aurait été plus cohérent de s’en tenir à cette règle, plutôt que d’osciller entre les deux langues parfois dans un même dialogue (mais il y a déjà énormément de français pour une VO anglosaxonne!). Sur le plan linguistique, par ailleurs, il paraît que le 3ème acteur principal, lui aussi britannique, Billy Howle, ne maîtrise ni le hollandais ni l’accent hollandais de son personnage, Herman Knippenberg. Il y a surtout trop de variations à cet égard (il parle parfois sans accent, parfois si), tout comme chez Jenna Coleman, qui s’essaie à l’occasion mais pas toujours à l’accent français en parlant en anglais !

Billy Howle apparaît un peu irritant par son état de surexcitation continuelle et compulsive, même si le véritable Knippenberg, âgé de 76 ans, s’est dit très satisfait de la série et de l’acteur (contrairement à son épouse, qui se trouve sous-évaluée au rang de subalterne, et considère son actrice comme la seule erreur de casting). Ce diplomate néerlandais apparaît étonnamment comme l’ennemi numéro 1 de Sobhraj, tout au long de sa traque, en raison de sa ténacité et de sa détermination, qui tranchent avec l’apathie et la corruption des services de police asiatiques, qui permirent d’ailleurs à Sobhraj d’échapper à la justice ou de s’évader de prison à plusieurs reprises. La série exagère un peu son importance, néanmoins (surtout à la fin, qui n’est pas très bien relatée). Il convient à ce propos de noter qu’elle se présente comme inspirée par des faits réels, pas comme une série historique stricto sensu, et s’accorde de légères distorsions de la réalité, même si elle lui reste dans l’ensemble assez fidèle.

Menée tambour battant, The serpent s’avère haletante et passionnante de bout en bout. Le choix de va et vient dans le temps éveille sans cesse l’attention et crée comme un effet de labyrinthe, un peu apparenté à la forme du serpent. Cette série nous semble dans l’ensemble une réussite, même si la réalisation n’est pas grandiose, et qu’elle possède quelques imperfections. Mais elle se montre captivante et ne laisse pas indifférent (elle peut même chez certains s’avérer perturbante ou anxiogène).

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