Epidemiya

Note globale : 80/100

En pleine pandémie de coronavirus, le thème d’une terrifiante épidémie semant la panique et l’apocalypse à Moscou pouvait sembler porteur … Netflix a donc racheté à un prix record pour la Russie cette série d’abord sortie dans son pays en décembre 2019, avant de connaître cet automne sur la plateforme américaine un succès inégalé pour une série russe (le titre est traduit en anglais To the lake). Cela n’est pas seulement dû à son aspect prémonitoire : elle s’avère par ailleurs détonante et haletante, d’une grande richesse culturelle et d’une singularité très dépaysante dans l’univers de Netflix. On ne saurait la rattacher à un genre précis, même si elle relève un peu à la fois du drame, de la science-fiction, du post-apocalyptique, de l’horrifique ou du thriller.

Afin de se protéger de l’épidémie, un groupe d’une dizaine de personnes moscovites (qui rassemble toutes les générations, de différentes « demi-familles » et autres faux amis dont les relations ne sont pas toujours très simples) décide de fuir la capitale pour trouver refuge dans une résidence – ou plutôt un bateau aménagé en résidence – située sur un lac gelé qui se trouve dans l’extrême nord-ouest de la Russie. Mais l’odyssée se produit dans des conditions très dures, en raison du froid (la réalisation s’attarde beaucoup sur les superbes paysages enneigés) et de multiples obstacles, si bien que le voyage s’apparentera plutôt à un chemin de croix, semé d’embûches et de péripéties, avec beaucoup de confusion et d’incertitudes.

Les personnages ont tous un caractère et une identité spécifiques (aucun d’entre eux ne ressemble à un autre). Contrairement au manichéisme, il n’y a pas « les bons » et les « méchants », soit blanc soit noir, mais bien plutôt du gris, différentes teintes de gris … Livrés à eux-mêmes, ils tendent à révéler leur vraie nature au fil des épisodes, en étant poussés dans leurs derniers retranchements. Adaptée d’un récent roman russe de Yana Vagner (Vongozero, du nom de ce lac), cette oeuvre présente ainsi une véritable réflexion sur le peuple russe, et plus largement sur la nature humaine, avec un regard lucide et désabusé, un esprit psychologue et pessimiste qui rappellent un peu la grande littérature russe du 19ème siècle.

Epidemiya parvient brillamment à donner une touche réaliste à une fiction en apparence invraisemblable, ce qui la rend parfois d’autant plus glaçante … Cette série n’est d’ailleurs pas « tous publics », il faut avoir le coeur bien accroché pour la suivre de bout en bout, tant elle se montre par séquences assez terrifiante, presque continuellement anxiogène et dure, avec des personnages souvent proches de la mort, de la folie ou du désespoir. Il convient aussi de souligner l’excellente prestation d’ensemble de tous les acteurs et actrices, qui interprètent de façon très convaincante et vivante des rôles peu évidents à jouer, vulnérables dans leur confrontation à l’horreur extrême. 

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